Sep 29
By SnO - Post on 2011 September 29 - No Comments - prize

We are proud to announce that Diane-Laure Arjaliès has been awarded two prizes for her dissertation on Socially Responsible Investments:

  • Best Thesis Award 2011 PRI-FIR
  • 2nd prize of the EDAMBA Thesis Competition

We reproduce below Diane-Laure’s interview in Le Monde Economie (Sept. 26, 2011, FRENCH).

Vous avez mené pendant trois ans une “enquête ethnogra-phique” au sein d’une société française de gestion d’actifs en tant qu’analyste “investissement socialement responsable” (ISR). Pourquoi cette méthode ?

Diane-Laure Arjaliès : Partager le quotidien des gérants, des analystes, des commerciaux, des acteurs du back et du middle office, des clients, etc., m’a permis de mieux comprendre les difficultés auxquelles font face les acteurs financiers lorsqu’ils cherchent à intégrer des critères non financiers et de long terme dans leurs pratiques.

J’ai toujours été convaincue que les plus grands changements venaient de l’intérieur des organisations : si vous voulez que quelqu’un change, il faut que le changement vienne de lui.

Qu’avez-vous observé ?

Que l’influence de l’ISR est grandissante dans le secteur.

De plus en plus de sociétés de gestion d’actifs intègrent des critères ISR dans leurs portefeuilles, y compris dans des types d’investissement dits “conventionnels”. En effet, il existe une demande croissante de la part des investisseurs institutionnels.

Par ailleurs, de plus en plus de professionnels de la gestion d’actifs sont convaincus que la performance d’une entreprise ou d’un pays dépend aussi de facteurs non financiers tels que la bonne anticipation des conséquences du réchauffement climatique sur l’activité ou l’investissement d’un pays dans l’éducation.

Mais l’intégration de critères ISR dans les pratiques des sociétés de gestion d’actifs n’est pas aisée, surtout en période de tension comme durant la crise.

Pourquoi ?

Premièrement, il est très difficile de demander à un gérant ou à un analyste de penser “long terme” lorsque la performance des fonds est évaluée de manière hebdomadaire (au mieux mensuelle), y compris celle des fonds ISR.

Comment justifier la présence d’une entreprise dans laquelle on croit à un horizon de quelques années, si cette dernière ne cesse d’avoir des contre-performances pendant des mois ?

Peu de clients l’acceptent dans les faits. Beaucoup ne sont pas prêts à sacrifier une quelconque performance financière à court terme du fait de la prise en compte de critères ISR.

Deuxièmement, les gérants et les analystes peinent à intégrer des critères ISR, souvent qualitatifs, dans les modèles financiers essentiellement quantitatifs qu’ils utilisent.

Ils ont souvent une forte culture mathématique et économétrique, et ont du mal à valoriser des éléments non matériels. Ceci est d’autant plus vrai en “gestion taux” (dette corporate ou Etats) – en comparaison avec la gestion actions – car la “gestion taux” repose dans une large mesure sur des modèles actuariels et des critères macroéconomiques assez éloignés de ce qui caractérise les émetteurs, notamment les Etats.

L’intégration de l’ISR et des préoccupations de long terme dans la gestion de la dette pourrait d’ailleurs apporter un nouvel éclairage sur la crise de la dette actuelle.

Peut-on lever ces obstacles ?

Les acteurs non financiers – acteurs publics, ONG, société civile, entreprises, etc. – doivent prendre une plus grande part à la réflexion qui est actuellement menée par les tenants de l’ISR au sein du monde financier.

Après le Grenelle de l’environnement, il serait peut-être souhaitable d’envisager un Grenelle de la finance responsable ?

Propose recueillis par Antoine Reverchon.
Article paru dans l’édition du 27.09.11

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